vendredi 15 janvier 2010

2004, Promenades entre Chien et Loup. Une fantaisie filmique d'Allemagne


« Qui est l'Allemagne ? » : cette question revient très régulièrement dans les débats publiques d’outre-Rhin. « Qui est ton pays ? » est au cœur d'une longue réflexion personnelle qui s'est encore intensifiée avec mon installation en France il y a plus de 14 ans. Devant l'écran d'une vie à l'étranger, les questions surgissent autrement et deviennent une urgence, parfois même une évidence. L'Allemagne n'est pas comme les autres pays natals. L'héritage s'avère inconfortable.

« Promenades entre chien et loup » cherche à comprendre les empreintes que laisse ce pays sur ceux qui y naissent et grandissent. Quels sont les bagages pour la vie que l’on y reçoit ? Je suis à la recherche de l’impalpable, ce que l’on ressent plus qu’on ne le sait, ces traces invisibles et pourtant ineffaçables du passé. Cette recherche fera miroir de l’Allemagne qui, aujourd’hui, se cherche de nouveau. Les effets de la réunification, la construction de l’Europe et le passage de « la mémoire vécue » à « la mémoire racontée » font évoluer le pays et la vision de lui-même à grande vitesse.

Trois voyages imbriqués racontent ma quête de traces, mes trouvailles de bribes de souvenirs collectifs et personnels. Le film ne sera pas une enquête journalistique alignant des arguments dans une logique affirmant une seule interprétation possible. Ce film-voyage fait apparaître l’Histoire à travers des petites histoires, il creuse dans les souvenirs personnels et laisse parler des émotions pour faire ressentir le poids d’un passé mouvementé à maintes égards. «Entre chien et loup» n’est pas un titre choisi au hasard, cela implique un cheminement qui ignore l’issu de l’aventure. Les images de ce film sont dans la lumière d'automne, d'hiver et de printemps - quand les nuits longues prennent sur les jours, laissant la place aux histoires, aux rêves et peut être aux fantômes.

Voyage dans le TEMPS - Ce voyage situé dans le passé retrace l’Histoire allemande à travers le cheminement de ma famille, à travers ses récits et ses souvenirs personnels : ses multiples déplacements de l'Ouest à l'Est et puis de l'Est à l'Ouest, ses implications ou passivité dans le passé, son refus ou sa volonté de parler de ce sujet, ses différences de de mentalités, ses déchirements dûs à l'Histoire.

Voyage dans l’ESPACE - Lors de ce voyage, "réel", je parcours le pays à la rencontre des gens d'Allemagne d'aujourd'hui et des lieux qui ont marqué la notion de "nation allemande". Le film se dirige vers l’Est de l’Allemagne, là où les gens se posent encore des questions au sujet de ‘leur’ pays, puis le film longe ses frontières pour suivre le récit de ma recherche.

Voyage dans les PENSEES - Ce voyage est d'ordre immatériel et appartient à l'initiative d’un compagnon de route, 'ein Wanderer' - un vagabond, le voyageur éternel, figure emblématique du romantisme allemand. C'est sa voix qui amène le film dans le monde imaginaire de l'Allemagne, à la découverte de ses poèmes, de ses chansons d'enfants et trésors culturels, de ses mémoires et rêves enfouis. Dans le film, le ‘Wanderer-voyageur’ est un fantôme : une présence qu’on ressent sans la saisir vraiment. Sans être une incarnation, il est une voix, une ombre, une silhouette au loin.

Le ‘Wanderer allemand’ incarne au mieux cette fameuse "Sehnsucht" intraduisible en français. "Sehnen" signifie "languir" et "Sucht" une dépendance, une "toxicomanie". Les Allemands, un peuple soumis à un languissement pour quelque chose dont ils ignorent même le nom ? C'est le mot "nostalgie" qui s'approche le plus de son essence. Un autre mot suit bien au ‘Wanderer-voyageur’ : "Fernweh", le mal pour le lointain, le désir de la découverte, ne jamais s'attacher à un lieu. Tiraillé entre ce penchant et le côté "enraciné", il y a de la matière tragique.

Il m'était impossible d'imaginer un film sur l'Allemagne sans parler de rêves, poèmes et mondes imaginaires. Mais comment allais-je les faire coexister avec des réalités telles que des camps de concentrations, des persécutions par la Stasi, des guerres mondiales…? Le film avait besoin de quelqu’un qui n’était pas moi, un être secret du monde des pensées. Le ‘Wanderer’ apporte des traces du passé comme un écho lointain – des traces peu palpables mais qui nous donnent un accès immédiat à ces époques.

Ainsi, le récit du film se fait à deux – une partie à la première personne raconte ma quête, présente les gens rencontrés et le savoir des évènements historiques que j’ai pu recueillir. Lui, il apporte l’imaginaire de l’époque, un parfum d’antan.

Anja Unger

film écrit, réalisé et filmé par Anja Unger, assistée de Lars Richter (pour l'image) et de Stefanie Rieke (pour la réalisation), son: Jens Ludwig, montage: Pascale Mons, musique: Jakob Ilja, voix: Mathieu Amalric et Werner Kolk, mixage: Jean Mallet

Festivals et projections: FIPA, Biarritz; avant-première par l’OFAJ, Berlin; Dok.Fest, München; Dokfilmwerkstatt OstWest-deutschland, Wismar; Etats Généraux du Film Documentaire Lussas; Festival du Cinéma au Féminin, Bordeaux; Filmer à tout prix, Bruxelles; Cycle de projection « Cinéma & Politique », Goethe-Institut Paris; Cycle de projection « Deutschlandreise » Theater Naxos Frankfurt; débat Addoc au Réel 2007 et au 3 Luxembourg, Mois du film documentaire à Dunkerque Studio 43, Péniche Cinéma Paris

nominé pour le « Meilleur Film Documentaire 2005 » par la SCAM

DVD distribué par www.docnet.fr

produit par Les Poissons Volants - 94 minutes, un grand format pour ARTE France et YLE Teema

soutenu par: CNC, Kulturelle Filmförderung Mecklenburg-Vorpommern, Procirep, Angoa-Agicoa, Nipkow Program Berlin, DFJW-OFAJ

Aucun commentaire:

Publier un commentaire